• Séverine

Venise, le 26 mars 2020

Stupeur, craintes, colère.

Mira, notre voisine activiste qui a lancé un service de livraison de courses par téléphone dès le début du confinement, est en colère. Contre le gouvernement italien qui vante la solidarité mais n’organise rien du tout. Des associations officielles contactent Mira pour venir en aide aux plus démunis. Elle voit des personnes âgées se nourrir de pain rassis de peur de sortir. Elle est inquiète pour eux, pour le monde. Une violence latente se fait sentir. Certains regards sont plus pesants. Un voisin hurle de sa fenêtre contre une mère et sa fille qui fait un tour en vélo devant chez eux. Les insultes fusent rapidement. En période de tensions, on distingue vite les collabos. Ils sont nombreux.

Plus je lis d’articles sur la situation en Corée du Sud ou à Taiwan, plus je doute. Notre confinement est-il un pis-aller au manque de moyens – manque de masques, manque de tests de dépistage, manque de laboratoires équipés, manque de personnel soignant, manque de lits dans les hôpitaux – ou bien le choix délibéré d’une politique autoritaire ? Les gouvernements occidentaux ont pris, les uns après les autres, des mesures extrêmement contraignantes pour leurs populations. Des mesures décidées par l’exécutif, sans le moindre recours au parlement. Fermeture des écoles. Des transports en commun. Des bureaux, des boutiques. Des musées, des loisirs. Interdiction de mouvement. Contrôle, contrôle, contrôle. A Bruxelles, le ramassage des poubelles est déjà réduit de moitié. Et si tout cela était le prélude à une société sans services publics ? L’école à la maison, online, sans professeurs. Le travail online, quand l’ordinateur ne peut pas le faire tout seul. Plus de transports publics ; chacun chez soi. Plus de mixité sociale. Ce serait la prise de pouvoir de l’Intelligence Artificielle.


Bien sûr ces mesures servent à sauver des vies. Mais quid des victimes indirectes du confinement ? Les violences familiales, les enfants handicapés laissés sans aucun suivi thérapeutique, les malades dont on reporte les traitements, la paupérisation. Je me rassure en me disant que la paupérisation de la population ne peut pas être délibérément voulue car elle nuit à la société de consommation. Nos oligarchies autoritaires désireront s’enrichir malgré tout. Triste constat.

Léger optimisme. Nous tous les enfermés, nous faisons des choses inhabituelles. Nous pétrissons notre pain, cuisons nos biscuits. Certains fabriquent leurs produits d’entretien ou préparent des confitures. Nous ne gaspillons pas. Nous n’achetons rien d’inutile. Nous sortons de notre rôle de consommateurs. TF1 réduit ses programmes par manque de rentrées publicitaires. Pourrions-nous devenir moins cons ?


Après le virus, assistera-ton à un sursaut démocratique, à une reconquête des libertés, à une Europe plus unie ? Ou bien au contraire à la mise en place de régimes autoritaires et populistes, fondés sur l’ordre et la sécurité, applaudis par la foule apeurée ? Maigre lueur d’espoir face à la crainte d’un despotisme généralisé, la faiblesse des institutions internationales empêche la naissance de l’Empire galactique. Je m'en veux d'avoir moi-même accepté et encouragé le confinement. Comme le dit la princesse Amidala « Ainsi s’éteint la liberté, sous une pluie d’applaudissements. »



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