• Séverine

Venise, le 18 avril 2020

Discrètement, les enfants jouent sur le campo. Des familles se promènent sur la Fondamenta. La Giudecca s’éveille lentement. Après un mois de sommeil, la vie reprend doucement. Masquée.

Je suis moi aussi devenue un rhinocéros masqué. Trop de buée sur mes lunettes, je les ôte un instant. Je garde mon masque, obligatoire.

En Italie la production reprend la semaine prochaine. Mais aucune réouverture des écoles en vue, on compte sans doute sur les mères. En Israël, réouverture avant tout de l’enseignement spécial et des structures accueillant les enfants handicapés. A Tel Aviv, des kiosques proposent aux habitants des tests gratuits – les tests en drive-in avaient été institués dès le mois de février ; avec l’isolement et le suivi des malades, même asymptomatiques. L’Allemagne avait commandé des masques début janvier et mis au point un test mi-janvier, avant la Chine. En Italie, en Belgique ou en France, les décideurs continuent à tâtonner. Improvisateurs irresponsables.

Le mois prochain, la saison balnéaire débute au Lido. On parle de contrôles par thermo-scanners à l’entrée des plages. Je me demande à quoi ressemblera un date cet été ? Devra-t-on demander la permission avant d’embrasser l’autre ou de lui prendre la main ? Le consentement rentrerait dans les mœurs, comme nous nous sommes habitués à la capote. Ou bien des machines de test seront installées à l’entrée de certains bars et l’accès y sera réservé aux personnes certifiées saines ? Bienvenue à Gattaca. Ou bien nous aurons tous un accessoire relié à notre smartphone dans lequel souffler chaque matin et nous recevrons ou pas notre autorisation de sortie ? 1984.

Et si la vie reprenait exactement comme avant ? Nous n’aurions rien appris du tout. Aucune remise en question de la mondialisation, de la délocalisation, de la consommation à outrance. Juste le bon vieux capitalisme. Jusqu’à la prochaine fois.



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