• Séverine

Venise, le 17 mars 2020

Bruxelles, Paris, Tel Aviv, Amsterdam, Milan, Venise. Le confinement est arrivé dans toutes mes villes de cœur ; dans le monde entier ou presque. Quand pourrons-nous reprendre une vie « normale » ? Mes enfants pourront-ils encore chausser leurs baskets ou bien leurs pieds auront-ils grandi ?


Je me demande souvent comment sera le monde quand nous pourrons sortir ? J’aime rêver que la vie future sera différente. Plus lente. Nous arrêterons de courir pour nous dédier aux choses qui nous importent. Nous passerons plus de temps avec notre famille et nos amis. Nous aurons repris l’habitude de lire des livres, de cuisiner, de discuter. Nous voyagerons moins, et sera un émerveillement. Quand nous irons au restaurant avec des amis, nous aurons le sentiment de vivre une soirée exceptionnelle. Si je rêve plus profondément, nous travaillerons moins et consommerons moins. Je réussirai mon permis skipper. A Venise, les paquebots de croisière ne seront plus jamais autorisés dans le canal de la Giudecca. Ces paquebots seront réquisitionnés pour amener les demandeurs d’asile de Lesbos et ailleurs vers des ports européens où ils seront accueillis dignement. Je pourrais continuer longtemps. J’aime rêver.


Puisque les gouvernements ont osé prendre des mesures drastiques pour la santé publique au détriment des intérêts économiques, du PIB, de la dette, des agences de notation… Et si on continuait ? Ou plutôt et si on recommençait ? Si on créait une société qui mette au premier plan les citoyens et les services publics ? Une société où le – ou la – médecin, infirmier, professeur gagnerait autant qu’un ingénieur commercial ? Une société où chacun aurait un toit et de quoi se nourrir ? Une société qui respecterait son environnement au lieu de le détruire ? J’aime rêver.


Et puis parfois, je crains que ce que nous vivons aujourd’hui ne soit qu’un prélude à la perte de nos libertés. Que le monde d’après sera autoritaire, répressif. Paupérisation, inflation. Je préfère rêver.


Juste avant ce grand chamboulement, j’avais écrit un roman. Il met en scène une société idéale et noire à la fois. Egalitaire, écologique, inclusive, paritaire. Et totalitaire. Je l’ai intitulé Futura.


"Qui sait qui sait demain ?

Sur quoi poserons-nous les mains ?

Si l'on pourra encore compter les vagues de la mer

Et lever la tête ?"

Lucio Dalla

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