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  • Séverine

Venise, le 16 mars 2020

Le père de mon amie est mort. Seul. Comme tous ceux qui meurent du virus. La dernière fois que j’ai vu mon amie à Milan, nous avions fait quelques pas avec son père via Washington. Un petit homme dégarni, le regard doux. La voix douce aussi. Il me parlait toujours en français, un français levantin. Il me fait penser à l’un des Valeureux, les oncles de Solal. Pas Mangeclous grandiloquent ni Saltiel l’intellectuel, non, mais le vendeur d’eau d’abricot, Salomon. Profondément bon, sensible.


Mon amie n’a pas pu l’embrasser une dernière fois. Comme moi, elle vit loin des siens. Elle doit affronter ses adieux et son deuil loin, seule. Isolée. Je voudrais pouvoir l’aider, la cajoler, la faire rire. Face au deuil, nos vies nomades light secondées par les vols low-cost et les appels gratuits explosent en mille morceaux.


C’est grâce à mon amie que j’ai aujourd’hui ma famille, elle qui m’a mis en contact avec mon merveilleux compagnon. Elle ne me l’a pas présenté car nous nous connaissions déjà ; nous nous étions rencontrés il y a bien longtemps. Nous avions quinze et seize ans et participions à une rencontre d’adolescents européens. A Auschwitz. Nous étions tombés amoureux le temps de quelques jours de deuil, justement. Deuil de ma grand-mère qui nous avait quittés la semaine précédente, deuil de nos six millions de grands-parents. Dix ans plus tard, en Erasmus à Milan, je recontactai mon amie. Facebook n’existait pas encore, j’ouvris le gros annuaire téléphonique et cherchai son nom et l’adresse de ses parents, via Stendhal. Adolescentes, nous nous écrivions des lettres – de vraies lettres, dans une enveloppe. L’adresse m’était restée en tête. J’avais donc téléphoné à ses parents dans mon italien balbutiant, son père m’avait répondu très gentiment en français ; il se souvenait de moi et m’avait donné le numéro de portable de sa fille. Dès que nous nous sommes revues, nous étions sœurs. Elle m’emmena à la montagne avec ses amis, me sortit dans ses bars préférés. J’assistai même au cours qu’elle donnait sur le design durable. L’heureux hasard veut qu’elle croisa mon amour à une fête, lui parla de moi. Il m’envoya un message de son téléphone à elle – elle voulait mon autorisation pour lui donner mon numéro. C’était exactement il y a dix-sept ans et quatre mois. Merci mon amie. J’aimerais pouvoir penser t’avoir apporté un peu de ce bonheur.

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4 Kommentare


Séverine
17. März 2020

Merci pour vos messages. Du fond du coeur.

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Ana Isabel Sequeira Americo
Ana Isabel Sequeira Americo
17. März 2020

Bonjour Séverine,

Je suis liégeoise...

Je découvre votre blog grâce à votre intervention à la radio Belge.

Votre récit me touche beaucoup, je comprends votre sentiment d'impuissance vis à vis de votre amie.....je suis persuadée que malgré la distance qui vous sépare, vos pensées lui parviennent.....

Je suis une amoureuse de l'Italie et j'y ai des amis chers à mon cœur. Je pense qu'on ne réalise pas quel point cela va être difficile.... Nous ne sommes pas encore en phase aiguë.

Merci pour votre témoignage et bon courage dès ces temps si difficiles.

Isabel


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Philippe Labar
Philippe Labar
17. März 2020

Bonjour,

J'ai entendu votre intervention sur la RTBF radio ce matin. Vous parlez bien, votre voix est jeune et emplie de bienveillance. Vous écrivez bien, vous exprimez votre ressenti avec des mots simples et c'est agréable de vous lire.

En Belgique, le gouvernement n'a pas encore pris pleine conscience du problème et est toujours en train de se déchirer pour fixer les mesures à prendre. La politique passe avant la santé, semble-t-il.

Ma nièce de trente ans est tombée malade, double pneumonie. J'imagine bien qu'il s'agit du corona virus qui ne dit pas son nom.

Je vous souhaite bien du courage. Etre confinée avec de jeunes enfants ne doit pas être facile à vivre.

Bien à vous,

Martine Michaux


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arlette.alloo
17. März 2020

Chere severine je vous lis a partir d anvers belgique. Merci de partager votre histoire. Je vous suivrai tous les jours. Arlette

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