• Séverine

Venise, le 12 avril 2020

Les sons sont particuliers à Venise. Le clapotis de l’eau, le silence des ruelles, les cris des mouettes. En temps normal le tintement des valises à roulettes sur les dalles ; désagréable. D’habitude au printemps, les Vénitiens remettent leurs bateaux à l’eau. Les familles passent les journées ensoleillées dans les îles de la lagune. Sur l’île de la Certosa, un Sicilien et son scooter Ape Piaggio aménagé proposent les meilleures pizzas de la ville aux promeneurs et à tous ceux qui amarrent brièvement leur bateau – il faut dire qu’on mange plutôt mal à Venise par rapport au reste du pays. Le soir nous entendons les moteurs des jeunes et les coques qui frappent les vagues inexistantes, frime pétaradante avec lumières violettes. Cette année la plupart des embarcations sont encore à sec, elles sont entreposées sur quatre niveaux dans des hangars depuis la fin de l’automne. Elles attendent, comme nous tous.

L’impression parfois de vivre un long périple en mer. Monotone. A l’arrêt. Enfermés tous les cinq, errant de cabine en cabine ou sur le pont. Notre sommeil haché par le petit ressemble à des quarts. Notre chance : nous voyons et entendons la mer de chaque pièce (ou cabine) – c’est pourquoi nous vivons ici, nous y avons jeté notre ancre imaginaire.

Je rêve depuis longtemps d’emmener ma famille en voilier. Pas pour l’enfermement, oh non ! Pour le vent sur le visage, l’inclinaison à la limite du déséquilibre, la vitesse. L’horizon. Le coucher de soleil. Son lever aussi. Les étoiles. Une sensation unique de liberté. La discipline aussi. Le sashimi de thon qui vient d’être pêché. Et cet instant magique où l’on crie « Terre ! » Et puis arriver par la mer, c’est débarquer dans le centre, sans le péage, les ronds-points ni les hypermarchés, sans chercher d’hôtel. C’est la promesse d’une longue douche, de pouvoir se laver les cheveux sans économiser l’eau. Et d’un apéro, suivi d’un diner à écouter des histoires dans toutes les langues.

J’espère oser larguer les amarres un jour, quand j’en serai capable techniquement, quand mes enfants sauront nager. Mais je rêve de cabotage en méditerranée, de traversées courtes, des délicieuses tavernes grecques sur le port. Pas d’une traversée monotone et sans fin.



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